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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 15:18
Comme il aime le répéter à l'envie, Thibault Roy n'est pas né avec une petite cuillère en argent dans la bouche. Elle était en bois et coincée dans un autre orifice... C'était en 1982, au coeur de la Saône-et-Loire, étrange contrée où la conduite en état d'ivresse est sport national et où la valeur de tout un chacun se mesure à l'aune du tas de fumier exhibé dans la cour, devant la maison. Chez les Roy, le tas de fumier était petit. Or si les Roy trouvaient réconfort dans l'idée que chez eux tout n'était pas aussi petit que le tas de fumier, il fallait affronter le regard condescendant des gens dans la Grand-Rue et l'attitude des gros fermiers du coin qui offraient une petite brouette de fumier, ça me fait plaisir, j'en ai trop chez moi, c'est pitié de voir un tas de fumier pareil. Après les glaviots dans la figure, il était écrit que la chance sourirait un jour aux Roy, et par l'intermédiaire de son plus illustre représentant : Thibault Louis Roger Hubert, appelé communément Thibault par paresse et manque d'imagination...

Un jour de novembre 1985, la chance se manifeste sous les traits d'une révélation : Thibault Roy est doué pour le dessin, du moins - précise son enseignante - c'est là qu'il est le moins nul, alors comme vous en ferez pas un intello, vous pouvez toujours le laisser dessiner, ça le rendra pas plus bête, moi je dis ça, j'ai pas de conseil à vous donner, mais rêvez pas d'en faire un ingénieur. Faites quand même attention, il se blesse souvent avec les crayons, donnez lui plutôt des pastels. Thibault a trouvé sa voie. Une voie royale: l'art. Cependant, ce touche-à-tout (sauf à ça c'est à moi!) de génie, en souvenir du petit tas de fumier familial, a un appétit d'ogre et n'entend pas emprunter les sentiers balisés.

Délaissant un temps le dessin, Thibault s'essaie au rugby, après tout, se dit-il: "je ne suis pas plus con qu'un ballon". Rapidement repéré par des recruteurs sud-africains, il se fait un nom dans ce monde de brutes à l'accent de réparateur de machine à laver. Mais on ne la fait pas au destin et Thibault perd d'abord un genou au cours d'un match qui se voulait amical, puis sa prothèse en jouant au football sur une plage bretonne. Il est obligé de marcher avec une jambe de bois pendant quelques mois durant lesquels il perd une course mémorable l'opposant à une personne agée de 87 ans faisant prendre l'air à sa grand-mère. Mais tout espoir de revenir au plus haut niveau s'évanouit lorsque, pensant s'être complétement remis de ses blessures, il sort faire un footing.  Après quelques minutes de course, convaincu d'avoir retrouvé toutes ses facultés, il se lance dans un sprint - son dernier - au cours duquel il se fait doubler par tout un défilé d'anciens combattants (dont 13 invalides). Thibault met un terme à sa carrière sportive, entame une grève de la faim qu'il interrompt après trois heures de souffrance en jurant de ne plus jamais sortir de chez lui sans un paquet de cacahuètes dans la poche.

Le sport lui ayant signifié son désir de l'envoyer se faire voir chez les Grecs, Thibault prend deux décisions : il sera gros et artiste. A force de volonté, et sans l'aide de personne, il prend quinze kilos et apprend à jouer du bouzouki en virtuose. Au cours d'un concert, il retrouve un ami d'enfance, Sébastien Berna, réalisateur revendiquant l'héritage de Max Pécas. Thibault se lance alors dans l'écriture de scénarios. Mais il ne trouve pas d'acteur capable d'appréhender la finesse de ses écrits. Il décide donc de se mettre en scène lui-même. Son intréprétation dans "Le clown se maquille en trois heures", réalisé par Sébastien Berna, lui vaut le surnom de "nouveau Jean Lefebvre", et personne n'a oublié sa cascade époustouflante dans "Je me suis cassé la gueule dans une crotte de chien" le chez d'oeuvre d'Emmanuel de Saint-Eno. N'ayant plus rien à prouver, lassé par le star-system, la drogue et les filles faciles, Thibault plaque tout et s'en va vivre dans la Creuse, chez son cousin Régis. Coincé dans les chiottes un jour de diarrhée, il dévore toute la collection de "Canard Enchainé " de son cousin avant de se torcher avec (avec les journaux, pas avec son cousin) et se jure de devenir dessinateur une fois sorti des toilettes.

S'imposant une discipline de fer, il dessine alors sans relâche à la cadence infernale de trois dessins par an, ne s'accordant qu'une courte pause de juillet 2000 à septembre 2004, pour réfléchir à la guerre et à la faim dans le monde et aboutir à la conclusion que c'est mal et qu'il est contre. Parallèlement il suit l'enseignement des grands maîtres en Histoire de L'Université de Bourgogne. Employant la technique du contre-exemple, ceux-ci lui font découvrir ce que signifie penser. En 2004, il est consacré meilleur artisan-chocolatier de France pour son mémoire sur l'histoire du journal "Hara-Kiri". Pendant ses recherches, il rencontre, et se lie d'amitié avec François Cavanna, son maître à penser, fondateur du journal susnommé. Cette belle amitié fait long feu, ils se brouillent à cause d'une sombre histoire de femmes ("putain les gonzesses !", dira plus tard Cavanna sur son lit de mort) Encouragé par ses professeurs, Thibault prépare les concours d'entrée aux plus grandes écoles. En 2007, il intègre l'Institut  Supérieur des Stages Non Rémunérés et Ne Menant à Rien (ISSNRMR). Il n'oublie pas le dessin pour autant et, ne s'accordant aucun répit, dessine pendant les cours de la mains droite en prenant des notes de la mains gauche. Les marges de ses cahiers sont pour lui un espace d'expression artistique et d'entraînement quotidien. Il affine son trait et peaufine ses gags, ce dont témoigne les quarante-trois versions de la blague de la pute qui repeint son plafond.

2008 est pour Thibault l'année de la consécration. Le journal "L'Humanité" lui fait les yeux doux et lui propose 10 euros par dessin. Thibault ne s'en laisse pas compter : "Ajoutez un zéro!" "D'accord mais on enlève le un..." "Topez-là" En trois coups de crayons il ringardise les Cabu, les Pétillon, les Charb et autres ronds de cuir du dessin de presse français.

Qui est Thibault ? Un génie? Un poête? Un étalon? Un novateur? Un iconoclaste? Une bête de sexe? Troubadour des temps mordernes, ne serait-il pas tout ça à la fois? ( Putain, y'a plus que dans "L'Equipe" qu'on ose encore écrire comme ça!)

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Published by Thibault Roy - dans Fourre-tout
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commentaires

Aurelie 29/11/2009 11:59


Super bio ! Excellente écriture.


David 11/11/2009 22:47


Excellente bio, un plaisir à lire!


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